04/02/2010
GIROFLÉGIROFLA
Que tu as de beaux champs d'orge,
Giroflé, girofla
Ton verger de fruits regorge
Le bon temps c'est là
Entends tu ronfler la forge giroflé, girofla
L'canon les fauchera ! (bis)
Que tu as la maison douce, giroflé, girofla
L'ombre y dort, la fleur y pousse,
L'bonheur y viendra !
Vois la lune qui devient rousse, giroflé, girofla
L'avion la brûl'ra ! (bis)
Que tu as de belles filles, giroflé, girofla
Dans leurs yeux, où le ciel brille,
L'amour descendra !…
Sur la plaine on se fusille, giroflé, girofla
L'soldat les violera ! (bis)
Que tes fils sont forts et tendres, giroflé, girofla
C'est plaisir de les entendre
A qui chantera !
Dans huit jours on va m'les prendre
Giroflé, girofla
L'corbeau les mang'ra ! (bis)
Tant qu'il y aura des militaires
Soit ton fils, soit le mien, on n'verra, par tout'la terre
jamais rien de bien !
On t'tuera pour te fair' taire,
Par derrièr', commun chien :
Et tout ça pour rien !
Et tout ça pour rien !
Paroles de Rosa Holt
Musique d'Henri Goublier fils (inspirée de la ronde enfantine traditionnelle du même nom) - 1937
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14:06 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : révolte, antimilitarisme
24/12/2009
L'AFFICHE ROUGE
L'Affiche rouge
Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans.
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents.
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand.
Adieu la peine et le plaisir adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui va demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan
Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant
Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.
Louis Aragon, Le roman inachevé, 1956
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09:23 Publié dans Loisirs/Culture | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : l'affiche rouge
08/08/2009
Liberté
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Liberté
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom
Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom
Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom
Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom
Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orages
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom
Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom
Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom
Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Paul Eluard
in Poésies et vérités 1942
Ed. de Minuit, 1942
09:13 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note